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J’en ai assez de relater des penchants cyclothymiques, et pourtant.
Et pourtant me voici dans une période entre gris rose clair et gris foncé.
J’arrive à trouver un certain pied dans le taff, qui dit mieux?
Et pourtant, je n’arrive pas à me défaire d’une embrouille bête.
Ma fille est un petit moteur de ma vie, comme ca, sans rien faire de spécial, sans qu’elle en ait conscience, juste parce qu’elle est comme ça.
Je suis moitié bien chez moi. Un éloignement physique sans précédent. Sans conséquence ?
Tout peut se résoudre du jour au lendemain. Il faut simplement que cela se fasse.

Semaines assez denses, la tête un peu pleine.
Beaucoup de boulot, alors ca prend du temps. Des recrutements en cours, je vois des gens assez différents. Pour certains, je vois ce qui ne va pas, j’aurai envie de leur dire pour leurs démarches futures, mais de quel droit je leur donnerai des conseils?
Chez moi, des semaines assez noires. On se frite continuellement. Chaque soir, je reviens apaisé et je me dis que les disputes vont cesser, mais il y a une étincelle, je m’emporte, et c’est reparti pour un tour.
Pas mal de choses autour. Je bosse en perso aussi, je ne sais pas trop dans quel objectif. Et puis d’autres choses du quotidien, pas forcément super intéressantes, mais qui prennent des ressources.

Entretien annuel l’autre jour. Blabla habituels. Enfin, je dis blabla, mais je marche un peu/pas mal à la reconnaissance, alors ca me fait plaisir, et ça m’aide. Et puis à un moment, elle me dit qu’elle n’arrive pas à savoir quand ca ne va pas. Qu’elle n’arrive pas à me lire, à percevoir les différentes humeurs. Que je garde tout pour moi, jusqu’à exploser. J’ai failli dire “ca me rappelle ma vie perso, ca”.
En définitive, elle me comprend mieux qu’elle ne pense.

Je me sens avoir 30 ans, progressivement. Cet age que je redoutais plus jeune. 30 ans, c’est vieux. 30 ans, c’est adulte. 30 ans, ca veut dire marié avec 2 enfants, un boulot, on sait qui on est et ou on va. Enfin presque.
En m’y penchant 2 secondes, je me rends compte que oui, j’ai effectivement des problématiques plus adultes au quotidien. M’occuper de ma fille, gérer mon taff, mettre les miens à l’abri. J’ai arrêté les jeux vidéos, en fait. Sans même m’en rendre compte. Je ne sais pas ce que je ferai comme boulot dans 30 ans, mais j’ai effectivement maintenant une ligne directrice des boulots qui me plaisent, où j’ai apparemment des compétences. Je vois mes parents autrement. Je les adore tout en connaissant leurs limites. Mon père était une source inépuisable d’histoires quand j’étais jeune ado. J’écoute toujours volontiers ses histoires aujourd’hui, même si je les connais par coeur. Je les connais-par-coeur. J’ai une vision de l’amour. Un avis sur la question. Pendant longtemps, je n’y ai rien compris en fait. Je commence à comprendre les choses. Ce qui est important dans un couple. L’importance du couple. Ceci n’est pas une promesse sur mon infaillabilité, mais simplement que les choses avancent. Le temps avance, c’est aussi celui des déconvenus. Les 1ers ‘vrais’ divorces. Mais c’est pour construire autre chose, alors c’est pas grave, on continue. J’ai ma fille. En regardant à travers ses yeux, je vois + de choses qui me touchent. Les combats idéalistes ne sont plus théoriques. Ils ont une réalité désormais, c’est elle. L’environnement, le chômage, la maladie, la guerre, la souffrance, tout prend de l’ampleur. Il y a son amour aussi. Un truc qui te rend indestructible et si fragile. Des choses plus terre à terre aussi. Un corps qui me trahit des fois. Des cheveux blancs au milieu du reste. L’envie de faire un peu attention à soi. Non pas pour frimer, juste parce que les choses ne fonctionnent que comme ça. Il y avait l’age du “tout est possible”, j’entame celui du “tout peut être possible”.
L’âge n’altère en rien les passions, et je m’en réjouis. Ma quête perpetuelle de musique ne s’apaise pas. Tant mieux.
L’age enfin, où l’on se rend compte qu’on a plus envie de faire certaines choses. Alors on ne les fait plus. On les faisait un peu avant, pour être “normal”. Je n’irai plus en boite de ma vie, et c’est tant mieux.
Des petites choses. Rien ne change du jour au lendemain, c’est plus pernicieux que ca. On ne voit rien, puis on regarde par dessus son épaule un jour, et on se rend compte que le changement est intervenu.
Ce n’est pas encore le moment, mais je me dis que le jour venu, je mettrai ce costume de 30 ans, et je pense qu’il m’ira.

Une soirée entre collègues. Un restaurant branchouille, on parle (fort), on rit, on critique, on se la joue un peu. Et quelques fois, quelqu’un qui me parle, mais j’ai le regard dans le vide. Je dis “oui”, puis “c’est clair”. Mais je n’écoute pas.

En y réfléchissant, cela s’est fait progressivement. Il y a eu l’école d’abord, les différentes écoles, et à chaque strate, on nous demandait de nous tenir droit, de ne pas faire trop de bruit, d’être un peu sérieux, de travailler. A la maison, il n’y avait pas ce coté strict. Il fallait réussir, mais je ne me souviens pas que l’on m’ait imposé une forme particulière.
Puis il y a eu les études, et leur coté sérieux. A l’entrée de la vie professionnelle, il FAUT faire sérieux. Alors on s’habille en costume, et on apprend à dire des phrases sérieuses, et à avoir l’air concentré/compétent/concerné. Même si au fond, on s’en fout. Mais on joue le jeu, c’est important. On joue le jeu.
Je me souviens au début du boulot, je bossais dur, mais je faisais aussi mes petits pas de danse dans l’ascenseur quand il n’y avait personne. Je m’imaginais engueuler ceux que je ne pouvais pas saquer, ou je me fantasmais renverser tout mon bureau d’un coup, comme ça, pour rien. Parce qu’on s’en fout, on sait que ce n’est pas ça la vraie vie.
Petit à petit, ce jeu devient notre quotidien, notre quotidien, notre quotidien. On se dit moins que c’est marrant au fond, l’autre gus qui parle mi anglais mi francais. On se dit moins que c’est un jeu. Car on vit réellement ces choses.
Et puis un jour, on a besoin de crier, et on se rend compte que l’on ne sait plus faire. On constate ce corset que l’on avait jamais vraiment remarqué, et pourtant qui est là depuis si longtemps.

Alors quand je vois ma fille crier à fond les ballons et faire le bordel à la réunion des parents à la crèche, cela me fait sourire, évidemment.