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Je me sens avoir 30 ans, progressivement. Cet age que je redoutais plus jeune. 30 ans, c’est vieux. 30 ans, c’est adulte. 30 ans, ca veut dire marié avec 2 enfants, un boulot, on sait qui on est et ou on va. Enfin presque.
En m’y penchant 2 secondes, je me rends compte que oui, j’ai effectivement des problématiques plus adultes au quotidien. M’occuper de ma fille, gérer mon taff, mettre les miens à l’abri. J’ai arrêté les jeux vidéos, en fait. Sans même m’en rendre compte. Je ne sais pas ce que je ferai comme boulot dans 30 ans, mais j’ai effectivement maintenant une ligne directrice des boulots qui me plaisent, où j’ai apparemment des compétences. Je vois mes parents autrement. Je les adore tout en connaissant leurs limites. Mon père était une source inépuisable d’histoires quand j’étais jeune ado. J’écoute toujours volontiers ses histoires aujourd’hui, même si je les connais par coeur. Je les connais-par-coeur. J’ai une vision de l’amour. Un avis sur la question. Pendant longtemps, je n’y ai rien compris en fait. Je commence à comprendre les choses. Ce qui est important dans un couple. L’importance du couple. Ceci n’est pas une promesse sur mon infaillabilité, mais simplement que les choses avancent. Le temps avance, c’est aussi celui des déconvenus. Les 1ers ‘vrais’ divorces. Mais c’est pour construire autre chose, alors c’est pas grave, on continue. J’ai ma fille. En regardant à travers ses yeux, je vois + de choses qui me touchent. Les combats idéalistes ne sont plus théoriques. Ils ont une réalité désormais, c’est elle. L’environnement, le chômage, la maladie, la guerre, la souffrance, tout prend de l’ampleur. Il y a son amour aussi. Un truc qui te rend indestructible et si fragile. Des choses plus terre à terre aussi. Un corps qui me trahit des fois. Des cheveux blancs au milieu du reste. L’envie de faire un peu attention à soi. Non pas pour frimer, juste parce que les choses ne fonctionnent que comme ça. Il y avait l’age du “tout est possible”, j’entame celui du “tout peut être possible”.
L’âge n’altère en rien les passions, et je m’en réjouis. Ma quête perpetuelle de musique ne s’apaise pas. Tant mieux.
L’age enfin, où l’on se rend compte qu’on a plus envie de faire certaines choses. Alors on ne les fait plus. On les faisait un peu avant, pour être “normal”. Je n’irai plus en boite de ma vie, et c’est tant mieux.
Des petites choses. Rien ne change du jour au lendemain, c’est plus pernicieux que ca. On ne voit rien, puis on regarde par dessus son épaule un jour, et on se rend compte que le changement est intervenu.
Ce n’est pas encore le moment, mais je me dis que le jour venu, je mettrai ce costume de 30 ans, et je pense qu’il m’ira.

.Une semaine étrange, épuisante. Elle tout d’abord, Elle surtout, qui était malade. Un mal qui s’amplifiait malgré les médicaments. Un 1er medecin. Puis un 2nd la nuit suivante. Puis …pareil jusqu’à la 5ème nuit. Aucun ne semblait accorder + d’importance que ca. Jusqu’aux urgences, aux examens. Aux calmants qui ont stoppé la douleur. Même si personne ne semble savoir d’où elle provenait. On a prononcé le mot “ulcéreux”. On attend.
.Alors évidemment, la fatigue. Le boulot. L’emploi du temps tiraillé de parts et d’autres.
.Et puis la nuit à travailler sur des projets perso. Marre de théoriser ou d’attendre l’idéal, alors je travaille concretement, on verra. Est ce que cela me déforme, ou bien est ce moi qui vais déformer le principe?
.Des instantanés de fatigue, encore plus. Puis hier matin, Elle est emmenée par des ambulanciers. La petite qui ne comprend pas, qui pleure dans mes bras.
.Retour sur les tests de personnalités. Des personnes de mon entourage qui les ont faits. J’ai lu leurs tests, et je me dis que je les comprends mieux aujourd’hui. Que derrière leur carapace, leur coté certain, il y a un petit garcon, une petite fille qui cherche à assurer. Rien de plus. J’ai relu le mien avant de leur faire lire. Ca m’a fait rire.
.Et puis il y a noel. Je repense à Paris et à cette ambiance de noel particulière que j’ai découvert là bas. Il n’y a peut etre rien de spécifique, il s’agit peut etre simplement de souvenirs heureux de ces noels là bas. Des 1eres grandes vitrines découvertes, de journées off à me balader seul, ou bien à me perdre sur les toits de paris. Je chéris pas mal de ces moments.

Un week end chez mon frère. Il vient de mettre sa relation sur ‘pause’. Je sens qu’il ne va pas bien, j’ai envie de lui en parler, tout en craignant un peu mon manque d’avis sur la question. Sa vie m’intéresse fortement, mais ces derniers temps, toute conversation autour des relations amoureuse provoque un trou noir dans ma tête. Impossible de formuler un avis. Alors je ne parle même pas de conseils.
Bref, on en parle néanmoins. Il me dit des choses qui pour moi sont claires : sa décision semble prise intérieurement. Même si tant de choses les retiennent ensemble. Il doit la rappeler cette semaine.
Je me dis que les choses semblent claires quand il s’agit d’autres personnes que soi.
J’en viens à parler de mon père, je ne sais pas trop pourquoi. Peut être parce que je veux l’entendre me le dire. Il me confirme que mon père est dur avec sa copine. Un caractère de merde. Je repense à la phrase de sa copine “tu es dur, comme ton père”. Je bloque sur cette phrase. Je me force à croire que non. Et puis mon comportement le soir me fait comprendre que si. Je pense que je m’auto-exaspère.

ne pas être dur comme mon père.
ne pas être dur comme mon père.
ne pas être dur comme mon père.

Samedi, 18h, je suis en voiture, sur la rocade, je reviens du taff. Je ressens une legère addiction à mon boulot, un bout de “guilty pleasure”. Bizarrement, je me sens bien.

Ce soir, je rentre. Je suis à 30m de chez moi, et je me dis que j’ai réussi à finir ces p*tains de projets. Je suis arrivé au bout. Je ne l’ai laissé entendre à personne aujourd’hui, mais là, pendant 10 secondes, je me suis senti fier.

L’autre jour, j’étais avec ma fille. On jouait, et elle s’est mise à regarder au loin, dans le vide. Un moment d’absence. Ca a duré peu de temps, mais j’y ai vu tous ces moments où je faisais pareil. J’ai revu le gosse dans la lune, la mélancolie de l’adolescence, et ces moments où je suis encore ailleurs. Je me suis dit en même temps que j’étais désolé si elle avait pris ca de moi, mais que je serai là pendant ces moments, que je comprendrai.

Quelques fois, j’ai l’impression de l’avoir asséchée.