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En y réfléchissant, cela s’est fait progressivement. Il y a eu l’école d’abord, les différentes écoles, et à chaque strate, on nous demandait de nous tenir droit, de ne pas faire trop de bruit, d’être un peu sérieux, de travailler. A la maison, il n’y avait pas ce coté strict. Il fallait réussir, mais je ne me souviens pas que l’on m’ait imposé une forme particulière.
Puis il y a eu les études, et leur coté sérieux. A l’entrée de la vie professionnelle, il FAUT faire sérieux. Alors on s’habille en costume, et on apprend à dire des phrases sérieuses, et à avoir l’air concentré/compétent/concerné. Même si au fond, on s’en fout. Mais on joue le jeu, c’est important. On joue le jeu.
Je me souviens au début du boulot, je bossais dur, mais je faisais aussi mes petits pas de danse dans l’ascenseur quand il n’y avait personne. Je m’imaginais engueuler ceux que je ne pouvais pas saquer, ou je me fantasmais renverser tout mon bureau d’un coup, comme ça, pour rien. Parce qu’on s’en fout, on sait que ce n’est pas ça la vraie vie.
Petit à petit, ce jeu devient notre quotidien, notre quotidien, notre quotidien. On se dit moins que c’est marrant au fond, l’autre gus qui parle mi anglais mi francais. On se dit moins que c’est un jeu. Car on vit réellement ces choses.
Et puis un jour, on a besoin de crier, et on se rend compte que l’on ne sait plus faire. On constate ce corset que l’on avait jamais vraiment remarqué, et pourtant qui est là depuis si longtemps.

Alors quand je vois ma fille crier à fond les ballons et faire le bordel à la réunion des parents à la crèche, cela me fait sourire, évidemment.

Un week end au calme, un moment à révasser. Je regarde tout ça (la vie, l’amour, le temps), et je me dis qu’il s’agit quand même d’une putain d’équation. Une ligne immense avec beaucoup de variables, beaucoup d’interactions. Evidemment, on se sent mieux chez soi quand on a la tête libre. Evidemment, on se sent mieux à faire des patés de sable avec sa fille plutot que de bosser. Un travail d’équilibriste pour que tout tienne. Et je me disais cette après midi que tout semblait tenir là. Hop, instantané dans la poche.

photo by Aaliyeh

Les belles phrases ne sont pas là, mes problèmes non plus, les aveux non plus. Alors qu’est ce qu’il reste? Mon état du moment. Rattrapé par le boulot et ses dérives managériales. La tête pleine, et c’est surement mieux ainsi. La petite colère passée, l’introspection autour, mais pas pour de suite. Je souris quand Mélanie me dit “ne t’avise pas d’être mon ex, ou tu finiras dans mes textes”. L’évasion juste devant. On y vient.

Une dizaine de jours, et nous voilà installés. Nous sommes loins, je suis loin.
Il y a le calme de cette nouvelle vie d’abord. Un nouvel environnement à découvrir, de nouvelles habitudes à prendre.  Les bonnes choses vont, les + difficiles iront. Doucement. Agréablement.
L’impression d’avoir la possibilité de re-commencer une bonne partie du tout. Même si les choses allaient bien, de les faire en mieux, et surtout sans faire les même erreurs. Car en quittant paris, je m’en rends compte aujourd’hui, je quitte aussi un passé, un passif. Cela me soulageait jusqu’il y a peu. Manque de pot, la seule personne qui se sentira concernée ne l’est pas.
Jusqu’il y a peu, car le passé sonne à la porte. A moins que ce ne soit moi. C’est là que je me rends compte que dans cet environnement totalement nouveau, un bouton “passé” existe. Un lien vers tout ce passif. Il n’y a qu’un pas…à ne pas franchir.

D’un coté, on me tague pour que je dise 6 choses (non) importantes sur moi, de l’autre la série des 6 défauts/secrets s’affiche sur quelques blogs autour (ici, ou par exemple). Et entre les 2, j’ai une semaine à raconter. Alors je vais essayer de mixer le tout.

1. j’ai du mal à exterioriser. (présent de vérité général). Du mal à dire je t’aime, du mal à faire plus qu’un sourire, du mal à hurler, du mal à parler fort. Je suis discret, même si j’essaye de paraitre autrement. Et dernièrement, je me suis rendu compte que cela me suivait même au lit. Pourtant, ce n’est pas ce que je ressens dans ma tête, ni dans mon corps, tout bout, mais extérieurement : rien. enfin, pas grand chose.

2. Une semaine fatigante, pleine d’évènements. Et pourtant, je ne peux pas les lister librement. Même ici. Ce jeu de cache cache me pèse/pesait.

3. des années après, je continue à y penser. C’est normal?

4. je ne me posais pas la question avant. Je sais maintenant que la plus belle chose que j’ai faite, c’est ma fille. Drôlement ordinaire surement. Mais c’est ce que je ressens. S’il y a une chose que je n’ai pas envie de rater, c’est elle.

5. je suis en même temps malin et très stupide. Tout dépend du contexte. Je vogue de l’un à l’autre sans cesse. J’ai l’impression d’avoir maitrisé quelque chose, d’en faire le tour les yeux fermés, et bam, d’un coup je me retrouve à ne rien maitriser, à n’avoir rien compris en fait. Désarmant. Et pourtant régulier.

6. J’ai une tendance à l’addiction. Je ne pense pas que cela soit vraiment volontaire, il s’agit simplement de la seule manière dont je sais réagir. Je ne sais pas vivre autrement. En même temps, je ne suis pas certain qu’autrement, ce soit vivre.

On se lève un peu + tard. On aurait souhaité faire une vraie grasse mat’, mais la tête toujours pleine empêche le réel repos. Les gens semblent + gentils, avenants aujourd’hui. On ne me laisse que le bon coté des choses. On me laisse du temps, et tous les choix. Pas mal de coups de téléphones, de textos. Certains me font vraiment rire.
On passe un peu plus de temps que les autres jours devant la glace. On remarque les cheveux gris, on se dit qu’il n’y en avait pas tant la dernière fois. On se regarde, sa peau, sa figure. On se dit que l’on a un an de plus.
On passe de bons moments, simples. La vie de tous les jours devrait être comme ça. On va voir ‘into the wild’ et on se pose pas mal de questions. On se dit que c’est une coïncidence étrange que de voir ce film le jour de son anniversaire. Un constat à l’heure du constat. On se dit que l’on est à mille lieux du héros, et pourtant, on partage certains principes, certains de ses doutes. On sort en se disant qu’il faut prendre sa vie en main, puis en se demandant si ce n’est pas déjà fait.
On repense à cette phrase “happiness is real, only shared”. On remonte le cours de la journée, et on se dit que le principal est là.